Cellules souches : la création de chimères « homme-animal » autorisée en Angleterre


Scandaleuse et interdite, devenue tabou ensuite pour finir banalisée, la manipulation génétique de gênes humains vient de franchir un cap alarmant. Dans sa course effrénée à la connaissance et au pouvoir, et sous couvert (officiel) de recherches médicales, l'homme s'apprête à perdre son statut d'être humain, se substituant ainsi aux dieux qu'ils a lui même crées !
 
Je suis persuadé que peu de malades bénéficieront des avancées significatives de telles expériences, qui à contrario, permettront aux forces armées de voir de nouvelles races de soldats venir enrichir les rangs de leurs troupes d'assaut. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir dans un document, qu'en 2002, un scientifique annoncait son intention d'injecter des cellules souches humaines dans des embryons de souris. Il exerçait ses activités à... l'Université Rockfeller ! Le-veilleur.
 
Bien qu'assortie de sévères contraintes, l'autorisation par le gouvernement britannique, prise le 17 mai dernier d'autoriser la création in vitro d'embryons de chimères humain-animal suscite de vives réactions.
 
Le but de cette culture est de répondre à la demande des groupes de recherche impliqués dans l'étude des cellules souches. En pratique, ces embryons ne doivent pas être conservés en vie bien longtemps, et les scientifiques s'accommodent très bien de la limite de 14 jours qui leur a été imposée. Ce délai se justifie par la position adoptée par de nombreux chercheurs, qui estiment qu'avant l'âge de 14 jours, l'embryon n'est pas encore un être humain à l'état d'ébauche et que toutes les manipulations de cette petite boule de cellules sont sans conséquences. En corollaire, il est bien entendu exclu de les implanter dans un utérus.
 
Les chimères ainsi produites, sur lesquelles des expériences ont déjà été effectuées notamment en Chine et aux Etats-Unis, sont obtenues par l'implantation du noyau d'une cellule humaine à l'intérieur d'un ovocyte animal. Ces essais s'inscrivent dans le cadre de la recherche sur la mise au point de méthodes de production de cellules souches à des fins thérapeutiques, notamment.
 
Mais la décision du gouvernement surprend, car elle semble court-circuiter une initiative de la HFEA (Human Fertilization and Embryology Authority) qui constitue, de l'avis de tous les spécialistes, un parfait modèle de contrôle et de régulation de ce secteur, et qui avait annoncé son intention de procéder à une vaste consultation populaire en automne prochain avant de se prononcer sur le sujet. Sa directrice générale, Angela McNab, déclare que :
 
« ce serait une erreur de porter un jugement immédiat sur ce problème compliqué et controversé avant d'avoir suffisamment d'éléments ».
En France, le professeur Axel Kahn, généticien à l'Inserm réagit en ces termes :
 
« La décision anglaise était attendue depuis longtemps, précédée par la recommandation du Comité de bioéthique de Nuffield. Même si la loi anglaise interdisait la recherche sur l'embryon dans d'autres buts que celui d'améliorer la fertilité, elle était, depuis quelques années, tolérée dans certains laboratoires ayant d'autres visées. Dans les autres pays européens, on n'envisage pas encore le clonage, thérapeutique ou reproductif. Mais, si les recherches effectuées chez les animaux ou, ailleurs, chez l'homme sont couronnées de succès, les législateurs seront face à une tension éthique entre l'idée qu'ils se font de l'embryon et les progrès thérapeutiques promis. Il sera important d'avoir un vrai débat démocratique et de ne pas nier les difficultés de tous ordres auxquels on sera confronté. »
Le Vatican, quant à lui, s'est fait entendre par la voix de Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la Vie. Affirmant que cette décision va à l'encontre du droit et de la justice, il rappelle que la création d'un hybride homme-animal
 
« représente une frontière violée dans le domaine de la nature, la plus grave, ce qui entraîne une condamnation morale totale ». 
Il émet aussi la crainte que l'on puisse, ultérieurement, créer des monstruosités à travers ces fécondations.
 
Chimères, la recherche à l'anglaise
 
Jean-Yves Nau dans un article de 2011 sur le magazine slate.fr nous indique que plus de 150 chimères « homme-animal » ont vu le jour en Angleterre. Depuis quatre ans, la création d'embryons hybrides se développe dans le secret de trois laboratoires.
 
Il y eut tout d'abord la brebis Dolly (1996-2003 - wiki), premier mammifère créé par l'homme grâce à la technique du clonage; cet animal vit le jour dans la campagne écossaise. C'était une révolution. Il faut aujourd'hui compter, comme vient de le révéler le Daily Mail, avec plus de 150 embryons hybrides « homme-animal » créés ces trois dernières années dans trois laboratoires universitaires britanniques.
 
L'information fait grand bruit outre-Manche, y compris dans certains milieux scientifiques, où  certains redoute que des biologistes, animés des meilleurs raisons du monde, aillent « trop loin » dans leur quête de la maîtrise du vivant. Les opposants craignent, à terme, l'émergence d'un scénario du type « La Planète des singes » issu d'hybridisations poussées entre l'humain et l'animal.
 
En pratique, ces embryons peuvent être  issus d'ovocytes de mammifères animaux fécondés par des spermatozoïdes humains. Il peut aussi s'agir de « cybrides » (terme issu de la contraction de « cytoplasme » et d'« hybride ») issus du transfert d'un noyau d'un embryon humain dans un ovocyte animal (souvent de vache, parfois de lapine) préalablement énucléé. Ces « cybrides » disposent pour l'essentiel d'un matériel génétique humain associé à celui, animal, présent dans le cytoplasme de l'ovocyte.
 
Les trois laboratoires concernés sont rattachés au célèbre King College de Londres ainsi qu'aux universités de Newcastle et de Warwick. Le principe de tels travaux avait été autorisé après différentes décisions - controversées - prises en 2007 et 2008 par la Haute Autorité britannique en charge de l'assistance médicale à la procréation et à la recherche en embryologie  puis par le Parlement.
 
Course aux armements avec l'Asie
 
Ces initiatives témoignaient alors de la volonté britannique d'occuper une position scientifique et économique dominante (comme plusieurs pays asiatiques dont la Chine)  dans un nouveau secteur biotechnologique destiné notamment à mettre au point (via des « cellules souches ») de nouvelles thérapeutiques contre des maladies aujourd'hui incurables. Cette volonté n'est toujours pas unanimement partagée en Grande-Bretagne. Le parlementaire Lord Alton, cité par le Daily Mail :
 
« J'ai fait valoir devant le Parlement mon opposition à la création d'hybrides humain-animal  comme une question de principe. Aucun des scientifiques que nous avons entendu n'a pu nous donner aucune justification en termes de traitement. Ethiquement, cela ne peut jamais être justifié. Cela nous discrédite en tant que pays. C'est patauger dans le grotesque. A chaque étape, la justification des scientifiques était: si seulement vous nous permettez de faire cela, nous allons trouver des remèdes pour toutes les maladies actuellement connues. C'est du chantage émotionnel. » 
Selon lui, les traitements qui ont été aujourd'hui mis au point à partir de cellules souches l'ont tous été à partir de cellules souches dites « adultes » (prélevées sur des organismes après la naissance) et non à partir de cellules « embryonnaires », obtenues à partir de la destruction d'embryons conçus in vitro.
 
En écho, des chercheurs de l'Académie britannique des sciences médicales viennent de publier un rapport demandant que de nouvelles règles soient établies pour fixer des frontières entre humanité et animalité, interdisant par exemple l'injection de cellules souches humaines dans le cerveau de primates. Ils recommandent aussi de ne surtout pas modifier l'un des fondements de la loi en vigueur qui n'autorise pas le développement des embryons hybrides « homme-animal » au delà de 14 jours après leur création in vitro. Pour autant, le principe même de ces recherches en biologie animale ne peut selon eux être contesté.
 
Ainsi le Pr Robin Lovell-Badge (Institut national britannique pour la recherche médicale), principal auteur du rapport, ne s'oppose-t-il pas à la poursuite de la recherche sur des embryons hybrides. Il y a selon lui « un impératif moral » : trouver des moyens de guérir des maladies humaines incurables.
 
« Tant que nous avons des contrôles suffisants, comme nous le faisons chez nous, nous devrions être fiers de ces recherches »
, estime-t-il, tout en ajoutant que des contrôles plus stricts doivent être appliqués aux recherches sur les embryons animaux dans lesquels sont implantés du matériel génétique humain.
 
L'une des justifications britanniques pour autoriser de telles recherches tient à l'assurance que les embryons hybrides sont détruits au plus tard après deux semaines. C'est là une forme de compromis à haute valeur pragmatique : à ce stade, ces hybrides peuvent être une source de cellules souches embryonnaires sans réclamer stricto sensu la destruction d'un embryon « humain ».
 
Possible en France
 
Cette méthode fournit aussi une solution à la pénurie d'ovocytes humains disponibles pour la recherche à laquelle sont confrontés les biologistes. La garantie est également donnée à l'opinion que ces embryons ne seront jamais implantés dans un utérus (humain ou animal) pour une gestation pouvant le cas échéant être menée à terme.
 
De telles garanties ne sont pas données dans les pays asiatiques où ces recherches connaissent depuis plusieurs années un rapide développement; des pays où elles ne sont freinées par aucun contre-pouvoir éthique ou religieux. Constatons aussi que sur un tel sujet, tout n'est pas pleinement transparent dans l'espace démocratique britannique où ces recherches n'avaient, depuis trois ans, fait l'objet d'aucune information publique.
 
« Je suis consternée que cela continue et que nous n'ayons rien su à ce sujet, a ainsi déclaré Josephine Quintavalle membre de l'association Comment on Reproductive Ethics (lien). Pourquoi ont-ils gardé ce secret ? S'ils sont fiers de ce qu'ils font, pourquoi devons-nous poser des questions parlementaires pour que cela vienne à la lumière ? ». 
La volonté des biologistes de « faire des expériences », dit-elle, ne saurait être en soi une justification suffisamment rationnelle  pour que de telles expériences soient menées. Pour l'heure ces recherches seraient interrompues uniquement faute de moyens financiers.
 
Et en France ? Après le feu vert donné par les autorités britanniques en 2008, Carine Camby, alors directrice générale de l'Agence de la biomédecine, observait que l'article 16 du code civil (qui traite de l'atteinte à l'intégrité de l'espèce humaine), la loi de bioéthique de 2004 ne répondant pas explicitement à la question de la création de telles chimères mêlant humanité et animalité. Cette loi (comme celle, révisée, de 2011) disposait clairement qu'il est interdit de créer in vitro des embryons à des fins de recherche scientifique mais omettait de traiter du caractère légitime ou non de la création de telles chimères.
 
Un minotaure en gestation
 
Mais quels que soient les encadrements législatifs (et sans même évoquer les rumeurs concernant les recherches menées dans différents laboratoires asiatiques) le mouvement semble ici irréversible. Depuis la création de Dolly et les progrès croissants réalisés en matière de clonage et de recherche sur les cellules souches l'espoir d'une nouvelle médecine, « régénératrice », apparaît jouer comme un nouvel Eldorado.
 
Deux ans après la création de la brebis écossaise, en novembre 1998, on apprenait qu'un Minotaure était en gestation dans un laboratoire de la société américaine  Advanced Cell Technology (lien). Forts de la technique du clonage, des chercheurs annonçaient avoir implanté le noyau d'une cellule humaine adulte dans un ovule de vache préalablement vidé de son noyau.
 
« Les cellules indifférenciées embryonnaires offrent l'espoir de fournir une quantité illimitée de cellules capables d'être cultivées en laboratoire pour remplacer, sous forme de greffes, tous les types de tissus humains »
, expliquait alors le docteur James Robl, l'un des fondateurs de la société basée dans le Massachussetts.
 
Il envisageait déjà de soigner de la sorte des affections aussi variées que le diabète, certains cancers ou la maladie de Parkinson. Les responsables de cette firme reconnaissaient volontiers que de telles expériences posent de sérieuses questions morales. Mais ils estimaient que les avantages médicaux à venir sont supérieurs aux risques encourus, au premier rang la création d'un nouveau vivant à mi-chemin de l'humain et de l'animal.
 
Depuis treize ans, les termes de l'équation n'ont guère varié. Quant aux questions de fond, elles ne sont guère éloignées de celles exposées de manière prophétique en 1952 par Vercors dans Les Animaux dénaturés.




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