Catastrophe planétaire annoncée : Enquête sur la disparition du sable et ses conséquences


La société de consommation actuelle dans laquelle nous vivons et que nous contribuons activement à entretenir par notre comportement irresponsable est en train de nous mener droit dans le mur.
 
Epuisement des ressources énérgétiques fossiles, des terres et matériaux rares, appauvrissement et pollution de l'eau, de l'air et de la terre, ainsi que des ressources agricoles qui en découlent, extermination organisée de la faune et de la flore, éléments vitaux de l'équilibre terrestre, et maillons incontournables de la chaine alimentaire à l'échelle planétaire, tout ce qui est vital à notre survie est saccagé, pillé sans vergogne en dépit du bon sens dans un seul but financier et spéculatif.
 
Parmis les disparitions de ressources naturelles en est une insoupconnée, et qui, si elle n'est pas rapidement stoppée, sera responsable dans les décennies qui suivent de la mort de millions de personnes au nom du progrès et du profit... Le veilleur
 
De Bombay à la Bretagne en passant par Dubaï, Tanger ou les Maldives, cette passionnante enquête en forme de thriller dévoile une urgence planétaire : la menace qui pèse sur le sable, ressource vitale dont le pillage s'accélère.
 
Après la ruée vers l'or, la ruée vers le sable ? Puces électroniques, plastique, et surtout matériaux de construction : matière première bon marché, le sable est partout. Si le sable des déserts reste impropre à la construction, les magnats du bâtiment se sont massivement tournés vers l'exploitation des rivières et plages, au détriment de l'équilibre des écosystèmes.
 
Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières : enquête sur un pillage écologique mêlant multinationales et réseaux mafieux.
 
Des images nostalgiques de vacances à la mer dans les années 1960, une plongée sur les buildings d'un quartier d'affaires aujourd'hui... et entre les deux, un élément naturel : le sable. Si l'on en trouve de plus en plus sous les pavés - sous l'asphalte en tout cas -, il est de moins en moins présent sur les plages. Pour ce documentaire, Denis Delestrac a mené l'enquête sur sa « disparition », ou plutôt, sur sa gigantesque migration et sur les circuits qui font voyager des milliards de tonnes de granulat, chaque année, autour de la planète. Ces échanges internationaux s'élèveraient à 70 milliards de dollars (54 milliards d'euros) par an.
 
Il n'y a pas de ressource davantage utilisée, à part l'air et l'eau, estime l'auteur du film. Dans son tour du monde à la fois alarmant et éclairant, il lui arrive de mélanger plusieurs thématiques, en Floride et en Californie en particulier, où c'est moins le sable qui est menacé que les côtes elles-mêmes, laminées entre autres par les aménagements portuaires et les constructions trop proches du rivage.
 
Papier, lessive, béton...
 
Le commerce et l'extraction de granulats racontent, en creux, la folle expansion des hommes. Même s'il entre dans la composition du papier, de la lessive et des microprocesseurs, le sable nourrit d'abord massivement les appétits du secteur de la construction : les deux tiers des réalisations sont en béton. Mélangé au ciment, c'est un matériau performant, ni cher ni difficile à trouver... jusqu'il y a peu.
 
Car les carrières accessibles se raréfient et les lits des rivières ont été vidés. Les industriels se sont alors tournés vers les fonds sous-marins, où ils extraient par pompage des quantités astronomiques de granulats grâce à d'immenses barges. Une méthode qui aspire tout sur son passage, non seulement le sable mais le plancton et les autres êtres vivants, mais, en plus, déstabilise le littoral, ce qui accélère son érosion.
 
Pour bâtir ses îles artificielles, Dubaï importe du sable marin d'Australie - celui des déserts n'ayant pas les qualités nécessaires ; pour gagner du terrain sur la mer, Singapour fait venir illégalement du granulat pompé chez ses voisins ; pour construire et loger leurs populations, la Chine et l'Inde, insatiables, en achètent partout... Comme la tension est réelle sur les marchés, le trafic s'organise à grande échelle.
 
A petite échelle aussi : le documentaire nous montre d'étonnantes images de « pêcheurs », plongeant par trois ou quatre mètres de fond pour emplir des sacs de chantier dans les lagons des Maldives ; au Maroc, les « pilleurs » du littoral transportent leur butin à dos d'âne. Leur récolte servira à construire des résidences pour les touristes attirés par les ex-belles plages de la région, elles aussi victimes de l'érosion.
 
A moins que la résistance ne s'organise, comme en Bretagne, où le mouvement du Peuple des dunes est parvenu à protéger la baie de Lannion, dans les Côtes-d'Armor, du projet d'extraction d'un groupe industriel régional. Pour l'instant.
 
Par Denis Delestrac

Liens connexes
 
Page Facebook




Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Etat de la planète Géologie »