Bulgarie : Le sabotage américain du gazoduc South Stream


Les travaux de construction du gazoduc South Stream, qui devait approvisionner l'Union européenne en gaz russe, en 2015, ont été interrompus par la Bulgarie, sur pression des États-Unis.
 
Cette décision, d'abord préjudiciable à l'Union (la Russie est déjà prête à vendre son gaz à la Chine), a été soutenue par le président de la Commission européenne, qui agissait ainsi à l'encontre des intérêts qu'il prétend défendre et au service inconditionnel de Washington. Le gouvernement bulgare a annoncé dimanche avoir interrompu les travaux de construction du South Stream, le gazoduc qui devrait transporter du gaz russe dans l'Union européenne sans passer par l'Ukraine.
 
« J'ai ordonné d'arrêter les travaux - fait savoir le Premier ministre Plamen Oresharski -. Nous déciderons des développements de la situation après les consultations que nous aurons avec Bruxelles ». 
Ces derniers jours le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait annoncé l'ouverture d'une procédure de l'Union contre la Bulgarie pour irrégularité présumée dans les appels d'offre de South Stream. Trois jours avant à peine, le 5 juin, la direction du Parti socialiste bulgare, qui soutient le gouvernement Oresharski, donnait pour sûr que le tronçon bulgare du gazoduc aurait été construit malgré le requête de Bruxelles d'arrêter le projet.
 
« Pour nous il est d'une importance vitale »
, soulignait le vice-président de la commission parlementaire de l'Énergie, Kuiumgiev. Et le président de la Chambre des constructeurs, déclarait que
 
« South Stream est une bouffée d'oxygène pour les entreprises bulgares ».
Qu'est-il arrivé ? Le projet naît quand, en novembre 2006 (pendant le gouvernement Prodi II), le russe Gazprom et l'italienne Eni signent un accord de partenariat stratégique. En juin 2007 le ministre italien du Développement économique, Pierluigi Bersani, signe avec le ministre russe de l'Industrie et de l'Énergie le mémorandum d'entente pour la réalisation de South Stream. Selon le projet, le gazoduc sera composé d'un tronçon sous-marin de 930 km à travers la Mer Noire (en eaux territoriales russes, bulgares et turques) et par un tronçon sur terre à travers la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l'Italie jusqu'à Tarvisio (province d'Udine).
 
De 2008 à 2011 sont conclus tous les accords intergouvernementaux avec les pays traversés par South Stream. En 2012 entrent aussi dans la société par actions qui finance la réalisation du tronçon sous-marin l'allemand Wintershall et la française Edf à hauteur de 15 % chacun, alors qu'Eni (qui a cédé 30 %) détient 20 % et Gazprom 50 % des actions. La construction du gazoduc commence en décembre 2012, avec l'objectif de lancer la fourniture de gaz pour 2015. En mars 2014, Saipem (Eni) s'adjudique un contrat de 2 milliards d'euros pour la construction de la première ligne du gazoduc sous-marin.
 
Entre temps, cependant, éclate la crise ukrainienne et les États-Unis font pression sur les alliés européens pour qu'ils réduisent les importations de gaz et de pétrole russes, qui constituent environ un tiers des importations énergétiques de l'UE. Premier objectif états-unien (écrivions-nous le 26 mars [1]) : empêcher la réalisation de South Stream. À cet effet Washington exerce une pression croissante sur le gouvernement bulgare. D'abord il le critique pour avoir confié la construction du tronçon bulgare du gazoduc à un consortium dont fait partie la société russe Stroytransgaz, sujette à des sanctions états-uniennes. Sur un ton de chantage, l'ambassadrice des États-Unis à Sofia, Marcie Ries, déclare :
 
« Nous avertissons les hommes d'affaires bulgares : qu'ils évitent de travailler avec des sociétés sujettes à des sanctions de la part des USA ». 
Le moment décisif arrive dimanche dernier à Sofia, quand le sénateur états-unien John McCain, accompagné par Chris Murphy et Ron Johnson, rencontre le Premier ministre bulgare en lui transmettant les ordres de Washington. Tout de suite après Plamen Oresharski annonce le blocus des travaux de South Stream.
 
Affaire emblématique : un projet de grande importance économique pour l'UE se trouve saboté non seulement par Washington, mais aussi par Bruxelles de la main même du président de la Commission européenne. Nous aimerions savoir ce qu'en pense le gouvernement de Matteo Renzi, étant donné que l'Italie - comme a prévenu Paolo Scaroni, numéro un de l'Eni - perdrait des contrats de milliards d'euros si le projet South Stream était fossoyé.
 
Par Manlio Dinucci, Tommaso di Francesco (source Il Manifesto) - Traduction Marie-Ange Patrizio



Commentaires 4

avatar de Pockito
  • Par Pockito 0 0
  • Isoler l'Europe énergétiquement, sur fond de crise en Irak, je sent bien que le pétrole va nous faire défaut bientôt, le gaz je n'en parle pas ... tu viens de le faire !

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • La situation est assez complexe, et si il est évident que les usa cherchent à isoler, voir même disloquer la Russie et l'Asie en général, on comprend facilement l'intérêt des américains à couper l'Europe d'une énergie bon marché au profit de leurs technologies de fracturation. Je comprend par contre mal leur vision de l'avenir, puisqu'il est désormais reconnu que ces technologies sont une impasse, et qu'ils sont les premiers à en subir le goût amer. Vers qui nous tourneront nous après avoir épuisé nos sols de ces énergies fossiles éphémères ? Idem, vers qui se tourneront les usa quand ils auront épuisés leurs puits de schiste et constateront qu'ils ne sont pas aussi indépendants qu'ils le pensent sur le plan énergétique ? Souhaitent ils réellement provoquer une guerre qu'ils perdront à coup sûr contre la Russie et la Chine ? Se sont ils tournés vers l'Irak pour distraire notre attention de la situation en Ukraine, ou simplement parce que cette dernière s'enlise et échappe à leur contrôle, les privant de l'accès convoité à l'énergie ukrainienne ? Le temps passe et ne joue pas en leur faveur !

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  • Par Pockito 0 0
  • NOVUS ORDO SECLORUM... la réponse est sur le billet de 1 $$$. Guidestone en géorgie donnes la ligne de conduite dont une des première règles est : réduire et préserver la population mondiale à 600 000 habitants. Après c'est peut être de la parano mais une chose est sur c'est qu'un animal blèssé est bien plus dangereux et que s'il se sent acculé, il mordra plutôt que de fuir.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Oui, si bien sûr il lui reste encore des dents le moment venu Je connais les guide stones, mais réfléchissons un peu. Réduire la population aussi drastiquement ne peut se faire que de deux façons, soit par une guerre nucléaire, soit par une pandémie mondiale. Une guerre nucléaire n'inquiéterait pas les possesseurs de gros bunkers sous terrains emplis de réserves d'eau et de nourriture, mais après l'hiver nucléaire, comment survivre avec une eau contaminée, des animaux restants irradiés ? Il reste la pandémie, capable de terrasser la population mondiale, mais difficilement contrôlable, et qui serait capable d'annihiler toute vie humaine. Mais alors, ou l'oligarchie ayant survécu dans leurs abris trouveront ils la main d'?uvre pour reconstruire une fois le danger passé ? Tout ceci pour dire que si ce plan existe bien, il ne va pas être évident à réaliser...

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