Brexit : Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'Europe...


« Brexit », le terme martelé par tous les médias, officiels ou non, depuis quelques jours, et qui in fine, signifierait la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne, est-il si dangereux pour le reste des autres pays comme on tente de nous le faire croire ? Serait-il au moins possible ?

Mes confrères ayant abordé le sujet, je me devais d'en faire autant, mais je vous avoue que mon idée première était d'attendre les résultats avant de spéculer sur ce qui me semble être ni plus ni moins qu'une mascarade distrayante pour les badauds. On voudrait donc nous faire croire qu'un pays aussi impliqué que l'est l'Angleterre dans l'avènement du Nouvel Ordre Mondial, autoriserait le petit peuple à décider de son avenir, à un moment ou cet empire militaro-économique est au plus mal en tous points et a le plus grand besoin d'unité ? J'en rirais presque si le sujet n'était pas si sérieux.

Avez vous déjà oublié ce qui est arrivé a la Grèce qui a tenté de s'émanciper du rouleau compresseur européen par un référendum ? Ce dernier fut superbement ignoré par un gouvernement traitre à sa présumée cause, et qui au final décida de révéler son vrai visage en collaborant avec l'hydre étoilée avant de punir son propre peuple à coup de lois restrictives.

Avez vous déjà oublié ce qui est arrivé à l'issue du référendum du 29 mai 2005 ou les français ont été appelés aux urnes pour se prononcer sur la ratification du traité établissant une « Constitution européenne » ? Alors que 54,68 % des électeurs votent non, créant un véritable séisme politique, il n'aura fallu que deux ans pour qu'une réforme parlementaire dictée par le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy, dit « Traité simplifié », soit soumis au Parlement français pour ratification.

Ce nouveau Traité, signé le 13 décembre 2007 à Lisbonne, est le même que pour le Traité constitutionnel, si ce n'est que son adoption n'est plus soumise au référendum mais à la simple approbation des députés et des sénateurs. Bien qu'en janvier 2011, trente sénateurs aient proposés une réforme visant à ce que la ratification d'un traité contenant des dispositions similaires à celles d'un traité rejeté fasse l'objet de consultation et soit soumise à référendum, cette réforme a été refusée par la majorité sénatoriale !

A ce propos, en octobre 2007 Valéry Giscard d’Estaing résuma dans un article du journal Le Monde le traité de Lisbonne en ces termes :

Les juristes n’ont pas proposé d’innovations. Ils sont partis du texte du traité constitutionnel, dont ils ont fait éclater les éléments, un par un, en les renvoyant, par voie d’amendements aux deux traités existants de Rome (1957) et de Maastricht (1992). Le traité de Lisbonne se présente ainsi comme un catalogue d’amendements aux traités antérieurs. Il est illisible pour les citoyens, qui doivent constamment se reporter aux textes des traités de Rome et de Maastricht, auxquels s’appliquent ces amendements. Voilà pour la forme.

Si l’on en vient maintenant au contenu, le résultat est que les propositions institutionnelles du traité constitutionnel — les seules qui comptaient pour les conventionnels — se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérés dans les traités antérieurs.(…)

La conclusion vient d’elle-même à l’esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche.

Comme vous le voyez, un semblant de démocratie est entretenu, mais peu importe le résultat, ce qui a été prévu sera appliqué, avec ou sans votre accord. Pour ce qui est de l'effet de catastrophe annoncée à des pures fins de propagande, des économistes de renom tels qu'Olivier Delamarche ou encore Jacques Sapir sont unanimes : La seule catastrophe que l'établissement redoute est l'effet domino qui pourrait s'en suivre auprès d'autres pays qui commencent à comprendre que la seule issue viable est la sortie de l'UE.

Comme le dénote Jacques Sapir

Si l’on entrait dans une dissolution de l’Union européenne, c’est quelque chose que les Américains verraient d’un très mauvais œil parce qu’ils ont besoin de cette Union européenne comme structure économique accompagnant l’OTAN

Et c'est cette crainte qui semble agiter les marchés économiques comme nous l'explique ici Liliane Held-khawam dans sa dernière publication.

Brexit ou pas, le navire UE commence à tanguer…

Brexitera ? Brexitera pas ? Voici le divertissement du moment ! On monte en épingle la sortie éventuelle d’un pays d’ores et déjà satellite de l’UE. Non-sens ! La Suisse est bien plus impliquée dans le fonctionnement de l’UE que la Grande Bretagne.

Le Brexit n’a rien à voir avec la malheureuse Grèce qui était pieds et poings liés aux plus grands et plus voraces financiers que la planète ait portés… C’est dire… La Grèce était juste un laboratoire qui devait montrer à quel point il ne fallait pas s’opposer aux créanciers…L’élection de M. Tsipras a fait le reste… Chypre avait aussi été un laboratoire soigneusement agencé qui a servi à légiférer sur la confiscation des dépôts.

Dans le cadre du Brexit, les enjeux sont réels mais relèvent surtout et avant tout de la psychologie. Une sortie de la Grande Bretagne enverrait un message fort à tous les peuples d’Europe qui ne veulent pas de cette intelligentsia plus technocrato-financière que réellement intellectuelle. Et Bruxelles a peur de ce point en particulier.

M Cameron le sait et en a profité pour négocier des avantages qui mettent la Grande-Bretagne encore plus à l’extérieur de cette construction dont les effets désastreux sont devenus palpables et difficiles à cacher. Et voici ce que M Cameron a d’ores et déjà obtenu en février 2016 :

  • Immigration et libre circulation des Européens : David Cameron a obtenu de pouvoir limiter certaines aides sociales pour les nouveaux migrants issus de l’UE selon une clause de sauvegarde de sept ans et une échelle graduelle ;
  • Le marché unique : Afin d’achever la construction du marché unique, le Royaume-Uni souhaite d’une part que la libre circulation des capitaux soit perfectionnée, et d’autre part que la réglementation européenne pèse moins sur les entreprises ;
  • La monnaie : le Premier ministre a obtenu que l’euro ne soit plus considérée comme la monnaie unique de l’UE, mais le vocabulaire du texte reste vague sur ce point. Dès lors que l’UE aurait plus d’une monnaie, toute politique décidée par les États membres de la zone euro ne serait qu’une option pour les autres États ;
  • La souveraineté : Pour éviter de se diriger vers une union politique, David Cameron a obtenu que soit ôtée des traités fondateurs la mention sur une « Union sans cesse plus étroite » si l’opportunité de revoir les traités se présente. Il souhaite aussi un renforcement des pouvoirs de contrôle des parlements nationaux.

Cet accord est de loin plus important que ceux du Brexit, hormis l’effet psychologique vu plus haut… Il remet en question la construction globalisante de l’UE : Un marché, suppression des États, une monnaie, un peuple, pouvoir unique à Bruxelles, etc. De plus, il nous semble que cet accord constitue une attaque politique contre la monnaie unique européenne. A suivre…

Les concessions essentielles obtenues par M Cameron montrent l’ampleur du désarroi de ses partenaires. Elles remettent en question l’esprit des textes fondateurs de l’UE ! Mais encore plus important est que les Anglais ont d’ores et déjà refusé le partenariat autour de la plateforme T2S. Contrairement aux Suisses, ils n’en sont pas membres.

Cette plateforme sur laquelle circulent l’équivalent du PIB de l’UE (cash et produits financiers) tous les 4 jours est une charge atomique qui menace la planète finance quotidiennement. C’est par elle que les banques européennes -allemandes en tête- menacent quotidiennement la vie et l’avenir de centaines de millions de personnes.

Les politiques au coût exorbitant de la BCE, de la BNS et autres banques centrales européennes sont là pour assurer des liquidités en masse afin d’éviter qu’un des gros mammouths ne chavire emportant tout sur son passage… Les Anglais ont compris où se trouvaient les dangers de l’UE. Ils sont déjà à l’abri - relatif tout de même - de la folie destructrice de la haute finance internationale…

Brexit ou pas, le bateau UE commence à tanguer…



Commentaires 2

avatar de PH7
  • Par PH7 1 0
  • Je suis comme toi l'ami, j'attends de voir bien que ma conviction personnelle soit pour l'éclatement de l'UE dans sa forme actuelle et son gouvernement non élu, au profit d'une EU plus proche des populations et non soumise aux lobbies politico-financiers, bancaires et industriels. Quelque soit le pays, on ne demande qu'une chose : pouvoir vivre et travailler sans être emmdés là où il nous plaît.

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Bien que je ne sois pas croyant, tout ce que je peux répondre à cela est « que dieu t'entende »

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