Brésil : Menace de grève générale à une semaine du mondial de football


Voilà une bonne nouvelle ! Si vous êtes un « footeux », vous pourriez me haïr juste pour cela, mais si c'est le cas, vous devez d'abord être au fait de ce qu'on vous cache sur la situation réelle au Brésil.
 
Il faut savoir qu'afin d'offrir un pays « présentable » aux millions de supporters qui afflueront du monde entier (ou pas...), l'État comme les forces du Capital privé (« armées » privées et groupes para-policiers) ont déchaîné une effroyable campagne de « nettoyage social » contre les classes populaires misérables (extrême pauvreté), qui représentent quelques 17 millions de personnes (8,5% de la population). Une campagne consistant notamment en des meurtres de SDF, dont la presse se faisait déjà l'écho il y a un an.
 
J-7 avant le début de la Coupe du monde de football au Brésil et le climat est à la grève générale. Après les professeurs et les policiers, ce sont désormais les salariés des compagnies aériennes et les employés du métro qui menacent de cesser le travail.
 
Les autorités brésiliennes sont sous pression à sept jours du coup d'envoi du premier match du Mondial de football. Les employés du métro de Sao Paulo entament aujourd'hui une « grève illimitée » en raison de l'échec des négociations salariales. Le syndicat des 10.000 employés du métro de la capitale économique du Brésil juge insuffisante l'offre de réajustement salarial annuel de 7,8% proposée par le gouvernement de l'État de Sao Paulo. Il réclame une augmentation de 16,5%, presque identique à celle que les policiers ont obtenue après plusieurs grèves.
 
Le président du syndicat, Melo Prazeres Junior avait d'ailleurs déclaré quelques jours avant l'annonce officielle de la grève :
 
« Il n'est pas possible d'accepter une augmentation à moins de deux chiffres (...). C'est le monde réel. L'inflation des aliments et l'inflation générale sont bien plus élevées que la proposition des autorités ». 
En attendant un compromis entre les autorités brésiliennes et le syndicat, la grève va affecter 4,5 millions d'usagers dans la mégapole de 20 millions d'habitants. Or le métro de Sao Paulo est la principale voie d'accès à l'Arena Corinthians, le stade luxueux où sont programmées la cérémonie inaugurale et six des 64 rencontres de la Coupe du monde, dont le match d'ouverture Brésil-Croatie le 12 juin... Il reste donc sept jours pour trouver un compromis.
 
Une grève qui touche aussi le secteur aérien
 
Les techniciens au sol de Latam Airlines, la plus importante compagnie aérienne latino-américaine, ont également menacé ce mercredi le gouvernement de faire grève pendant 48 heures dans sept pays de la région. La date reste pour le moment confidentielle mais le mouvement pourrait entraîner des retards et annulations à quelques jours à peine du début de la Coupe du monde. Le représentant syndical de la compagnie au Pérou a déclaré ce mercredi que la grève sera suivie par les mécaniciens de la compagnie aérienne basés au Brésil, au Paraguay, au Chili, en Argentine, au Pérou, en Équateur et en Colombie. Juan Carlos Talavara a assuré que
 
« sans maintenance technique des avions, ceux-ci ne pourront pas décoller ». 
Les mécaniciens souhaitent, au même titre que les employés du métro de Sao Paulo, « une revalorisation de leurs salaires » après dix ans sans réajustement et une réorganisation des heures de travail de nuit.
 
Les policiers ont déjà obtenu gain de cause
 
Les policiers de Brasilia ont eux déjà obtenu du gouvernement et de la police fédérale une augmentation de salaires. Menaçant de faire grève pendant le Mondial de football, ils ont décroché une première hausse de 12% en juillet puis de 3,8% pour janvier 2015. En échange, ils seront dans l'obligation de travailler entre le 12 juin et le 13 juillet, dates de la Coupe du monde. Ils ont également obtenu lundi une « amnistie » pour leur grève de 2012 qui avait entraîné à Salvador de Bahia près de 150 homicides, des pillages, agressions et vandalisme pendant onze jours. La décision - intervenue lundi dernier - ne concerne pour le moment que les policiers de Brasilia mais elle devrait s'étendre au reste du pays dans les prochains jours.
 
À sept jours du Mondial, la liste des villes touchées par les contestations s'allonge : Rio de Janeiro, Sao Paulo, Salvador, Serra, Florianopolis... Mercredi soir, près de 4000 militants du Mouvement des travailleurs sans toit et 400 policiers militaires à la retraite venaient grossir les rangs de la contestation à Sao Paulo. En parallèle, des milliers de personnes manifestent contre le coût de la Coupe du monde jugé exorbitant. La présidente Dilma Rousseff défend le legs du Mondial, elle affirme que le gros des investissements publics a été fait « sans aucun doute pour le Brésil » et non pour l'événement en particulier.
 
La tension est à son comble d'autant que le gouvernement craint une reprise des troubles, comme en juin 2013 en pleine Coupe des confédérations. Des centaines de milliers de manifestants avaient violemment dénoncé les 11 milliards de dollars d'argent publics dépensés pour le Mondial. Ils réclamaient des investissements dans les transports publics, la santé ou l'éducation. Les manifestations ont été durement réprimées par la police militaire. Dorénavant, la contestation change de forme, elle se structure autour des syndicats, plus organisés que la population, qui pourrait toutefois redescendre la rue.
 
Par Charlotte Peyronnet
 
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