Brésil : L'instigateur du coup d'État contre Dilma Rousseff à son tour destitué


Nouveau « retour de bâton » après celui évoqué dans le dernier article sur le 11 septembre, celui concernant Eduardo Cunha, le député mandaté par Washington dans le coup d'état politique ayant réussi à évincer Dilma Roussef de la scène politique brésilienne, et qui vient à son tour d'être éjecté pour avoir été titulaire de comptes bancaires secrets à l’étranger, et de surcroît avoir menti en affirmant le contraire...

Cet évènement survient le lendemain d'une manifestation monstre, ou environ 50 mille Brésiliens sont descendus dans la rue à Sao Paulo pour exprimer leur mécontentement contre le gouvernement Michel Temer, condamnant les atteintes contre les droits des travailleurs par le nouveau gouvernement, et exigeant la tenue de nouvelles élections au Brésil.

Pour rappel, il y a peu de temps, ce gouvernement « mis en place » par Michel Temer était déjà au cœur de la tourmente dans le cadre d'un enregistrement accablant mettant en cause un ministre proche du nouveau président, précédé d'un autre scandale, révélant que 7 des 23 ministres du nouveau gouvernement étaient cités dans l'enquête sur l'affaire Petrobras !

Si certains d'entre-vous avaient encore quelques doutes sur la légitimité du nouveau gouvernement brésilien, ces derniers viennent probablement de s'envoler.

Le Veilleur

Le président du Congrès brésilien, tombeur de Dilma Vana Rousseff, à son tour destitué

Malgré une enquête judiciaire, Eduardo Cunha, l’ex-président du Congrès brésilien, a nié l’existence de comptes bancaires lui appartenant à l’étranger dont un au moins en Suisse (NDV : Cela ne vous rappelle pas un certain Cahuzac ?). Son mensonge a été sanctionné par les députés. A l’origine de la procédure de destitution controversée de l’ex-présidente Dilma Vana Rousseff, Eduardo Cunha a été destitué par ses collègues parlementaires, lundi.

Je déclare la perte du mandat du député Eduardo Cunha pour conduite incompatible avec le mandat parlementaire

, a annoncé l’assemblée dans un jugement rendu dans l’enceinte après le vote. Celui-ci est sans appel: sur 470 députés présents, il y a 450 votes en faveur de la destitution, 10 contre et 9 absentions, le président n’ayant pas voté.

Un compte en Suisse découvert

Eduardo Cunha a assuré lui-même sa défense au cours de la session, imitant en cela Dilma Vana Rousseff dans la dernière phase de son procès politique. « Je n’ai pas menti, il n’y a pas de compte », a-t-il déclaré, ajoutant :

Où est la preuve? Il n’y a pas de preuve […] Ne me jugez pas en fonction de ce que dit l’opinion publique.

1473762946_le-bresil-pour-les-nuls.jpg Ce député évangélique ultra-conservateur de 58 ans était accusé d’avoir « menti » à ses pairs en niant avoir été titulaire de comptes bancaires secrets à l’étranger, devant une commission d’enquête parlementaire sur le scandale de corruption autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

L’enquête judiciaire a par la suite permis de découvrir qu’il était titulaire d’au moins un compte bancaire secret en Suisse sur lequel avaient transité environ cinq millions de dollars d’origine suspecte.

Ce Machiavel brésilien aux cheveux poivre et sel avait déclenché en décembre 2015 la procédure de destitution contre Dilma Vana Rousseff, en représailles au vote des députés de son Parti des travailleurs (PT, gauche) pour son propre renvoi devant la Commission d’éthique du parlement.

Ce personnage central de la crise politique brésilienne, ennemi juré de l’ex-dirigeante de gauche, avait été suspendu le 5 mai de ses fonctions de président de l’Assemblée par le Tribunal suprême fédéral (STF).

Onze mois de subterfuges pour échapper à cette procédure

Personnage extrêmement influent ayant fédéré autour de lui les secteurs les plus conservateurs du parlement, Eduardo Cunha a incarné l’aile dure du Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre-droit) de l’actuel président Michel Temer, qui a succédé le 31 août à Dilma Vana Rousseff.

Eduardo Cunha a usé pendant 11 mois d’incessants subterfuges pour freiner la procédure qui pourrait lui faire perdre son mandat, mais a été abandonné par un grand nombre de ses anciens soutiens. Dimanche, 300 députés (sur un total de 513) avaient indiqué au quotidien « O Globo » qu’ils voteraient pour la révocation du mandat d’Eduardo Cunha. Le minimum requis était de 257.

Je suis en train de payer le prix pour que le Brésil se soit libéré du PT. Ils me font régler l’addition de la destitution (de Dilma Vana Rousseff) que j’ai acceptée, ce que personne d’autre n’était capable de faire à ce moment-là

, s’est-il défendu après avoir rappelé qu’au moins 160 autres parlementaires faisaient aussi face à des enquêtes judiciaires. Il a également déclaré que personne, quelle que soit la décision que prendrait le Congrès, ne lui enlèverait « le plaisir que ce gouvernement criminel s’en soit allé ».



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