Bloctel : Une liste anti-démarcharge téléphonique gérée par… des entreprises de démarchage


C'est dans l'air du temps, la corruption et les conflits d’intérêts sont partout. Des lobbyistes de tous poils présents au Parlement européen, en passant par big pharma qui finance les étudiants en médecine, Monsanto qui « graisse la patte » de la protection de la santé et de la sécurité alimentaire, jusqu'aux industries pétrolières qui éduquent nos enfants, et j'en passe...

Dans cette continuité logique, ce sont donc des professionnels du marketing qui sont désormais chargés de gérer le démarchage téléphonique et ses nombreux abus. Allons nous voir bientôt des banquiers au ministère de la finance ? Euh... Non, c'est déjà en projet avec Macron aux manettes ! Des dictateurs aux commandes d'une démocratie ? Ah, zut, Hollande et Valls y ont déjà pensé ! Des bouchers dans les épiceries végétariennes alors ? Ah, on tient une piste la ;-)

Le Veilleur

Bloctel, la liste anti-démarcharge téléphonique du gouvernement, gérée… par des entreprises de démarchage

Vous pensiez que la nouvelle liste rouge Bloctel était gérée par le gouvernement ? Raté ! Derrière ce tout neuf dispositif anti-démarchage, quatre entreprises privées spécialisées en marketing privé et, entre autres… en démarchage téléphonique. L’expertise avant tout ? Possible conflit d’intérêt ? Le cabinet de Martine Pinville, ce lundi 13 juin, se veut rassurant quant à la sécurité des données des consommateurs.

Dans la grande famille des listes rouges, demandons Bloctel. Dernier outil en date lancé en grandes pompes pour lutter contre le démarchage téléphonique abusif, cette nouvelle liste a fait son apparition le 1er juin dernier. Son portail internet, complété d’un très officiel .gouv.fr, affiche le logo et les codes couleurs du gouvernement. Son principe ? Une inscription gratuite pour les consommateurs qui leur permet pendant trois ans, après avoir communiqué leurs numéros de téléphone via un formulaire, de se prémunir des coups de fils intempestifs de prospection commerciale.

Tweets, interviews, déclarations… Martine Pinville, secrétaire d’État chargée du commerce et de la consommation, n’a pas ménagé ses efforts pour annoncer l’arrivée de Bloctel. Pourtant, force est de constater que cette liste n’est pas gérée par l’État. En réalité, elle a fait l’objet d’une délégation de service public, survenue au terme d’un appel d’offre. Et s’est ainsi retrouvée à la charge d’entreprises privées spécialisées… en démarchage. Ça veut dire quoi ? Que, très concrètement, les consommateurs fatigués du démarchage remettent leurs coordonnées entre les mains... de pros de la prospection.

Marketing direct et fichiers clients

1466161981_Capture-Bloctel-qui-sommes-nous.jpg Reprenons en détail. Cet appel d’offre, c’est la société Opposetel qui l’a remporté. Une société elle-même composée de quatre administrateurs, les entreprises HSK Partners, Amabis, CBC Developpement et AID

. Des enseignes qui ont toutes un domaine de compétence très pointu et un fonds de commerce spécifique : le marketing direct.

Exemple avec l’enseigne HSK Partners, dont le président n’est autre que le président de Bloctel, Eric Huignard. Un simple coup d’œil au site de cette entreprise et nous voilà face à un nuage de mots jargonneux, issus de la planète marketing : « phoning », « traitement de la donnée », « scoring », ou encore « business intelligence ». En clair, HSK Partners est une entreprise qui aide d’autres établissements à faire du démarchage, au moyen, notamment, de fichiers clients.

TV achat avec Pierre Bellemare

1466162195_Capture-rsponsables-AMABIS.jpg Second exemple, l’entreprise Amabis, autre administrateur de Bloctel. Là encore, ses directeurs en connaissent un rayon question marketing et information client au service des professionnels.

C’est même, à vrai dire, leur spécialité. Valéry Frontère, fondateur d’Amabis, a commencé sa carrière avec la gestion des annuaires « Bottin ». Quant à Michel Felice, directeur général, il affiche sur son CV « avoir dirigé pendant presque vingt ans des centres de profits dans le marketing opérationnel, notamment pour la création du TV achat avec Pierre Bellemare ».

« Gage de sécurité » ou potentiel conflit d'intérêt ?

Pour y voir plus clair sur les coulisses de Bloctel, metronews a interrogé le journaliste du magazine UFC que choisir, Cyril Brosset. Pour lui, le choix de ces gestionnaires est « techniquement compréhensible ».

Ces entreprises ne sont pas des inconnues dans le milieu de la communication directe. Elles font ce que l’Etat, ici, ne sait pas faire. Elles savent comment sont présentés les fichiers des sociétés, comment récupérer des fichiers de prospection. Par ailleurs, Eric Huignard, qui gérait auparavant Pacitel (précédente liste rouge, aujourd’hui désuète, ndlr), connaît bien son sujet.

Mais le journaliste de nuancer :

C’est vrai qu’il y a potentiellement un conflit d’intérêt auquel il faut être vigilant. Eux aussi travaillent à partir du démarchage téléphonique… et ils n’ont pas intérêt à ce que les consommateurs s’inscrivent en masse sur Bloctel.

Un potentiel conflit d’intérêt ? A cette question, posée par metronews jeudi 9 avril, le président de Bloctel, Eric Huignard, répond « contrôles », « cahier des charges » et « système sécurisé » :

Nous sommes une délégation de service public, donc nous avons des obligations extrêmement renforcées… et le mot est faible, explique-t-il. Nous avons des contrôles, des audits, nous sommes surveillés par la CNIL (commission nationale de l'informatique et des libertés, ndlr) et la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ndlr). On a conçu une application informatique hyper-sécurisée. A ceux qui disent « vous êtes des deux côtés » (comprendre du côté de l’anti-démarchage et du démarchage, ndlr), je réponds que c’est plus un gage de sécurité qu’autre chose. De par notre position, on doit être exemplaire.

Et le président d’assurer que

bien sûr, le cahier des charges nous interdit d’utiliser pour nous les données du consommateur. Si on ne joue pas le jeu, on peut déposer le bilan tout de suite

Une peine jusqu'à 5% du chiffre d'affaire

Contacté à plusieurs reprises, l’entourage de la secrétaire d’État Martine Pinville a répondu à nos questions ce lundi 13 juin. On nous assure ainsi que « la société Opposetel ne dispose d'aucun droit sur les données collectées ». Et de confirmer une étroite surveillance, « plus importante que d'habitude », menée par la CNIL et « des agents de l’État affectés au suivi » de l'opération.

Par ailleurs, il nous est précisé que le délégataire de service public, en cas de manquement, peut être « sanctionné à une peine allant jusqu'à 5% du chiffre d'affaire ».

Par Anaïs Condomines

Les solutions alternatives

Eh oui, d'autres solutions existent déjà et fonctionnent. Merci à Galadriel des Brindherbes Engagés pour avoir fourni ces alternatives parfois mal connues ;-)


Anonymat total ou partiel

D’autres recours sont déjà possibles, mais le plus souvent mal connus et pas forcement aussi rigoureux. Ainsi, les opérateurs téléphoniques doivent offrir sans aucune contrepartie financière à leurs abonnés la possibilité de s’inscrire sur une liste d’opposition. Et cela sous deux formes principales: la liste rouge où vous disparaissez purement et simplement des annuaires, et la liste orange dont les numéros ne sont plus communiqués aux sociétés commerciales.


Par courrier postal aussi

Une simple lettre adressée à l’Union française du Marketing Direct – Liste stop publicité, (60 rue de la Boétie – 75008 Paris) peut désengorger sensiblement vos boites à lettres.


Prolifération de mails commerciaux

Tout internaute peut, en effet, en vertu du droit d’opposition de la Loi Informatique et Libertés, s’opposer à la réception de messages commerciaux qui lui sont régulièrement adressés par courrier électronique. Pour cela, il peut en général cliquer sur un lien du message commercial indiquant que l’on ne souhaite pas recevoir de tels messages.


SMS abusifs

De la même façon, en cas de réception d’un SMS abusif sur votre mobile, vous pouvez le signaler en quelques secondes par SMS au numéro 33700. Une opération gratuite pour les clients Bouygues Telecom, Orange et SFR, et au tarif d’un SMS normal pour les autres opérateurs. Une plate-forme traitant les signalements transmet les données collectées aux opérateurs qui prennent des sanctions pouvant aller de la fermeture des numéros surtaxés à la transmission des dossiers aux services de police.


Bon à savoir

Vous pouvez écrire à EDF, à votre opérateur de téléphonie mobile, à votre banque, à votre assureur, à votre distributeur d’eau, etc. bref, à toutes les sociétés qui détiennent vos coordonnées, en leur demandant de ne pas les communiquer. En dernier recours, si vous n’avez pas gain de cause, vous pouvez vous adresser directement à la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) 8 rue Vivienne – CS 30223 75083 PARIS Cedex 02.


EDF veut donner l’exemple

Les vendeurs d’énergies renouvelables se présentant souvent comme « partenaires Bleu ciel EDF » font partie des secteurs des plus actifs du démarchage téléphonique. L’énergéticien reconnait bien volontiers l’existence de ce réseau fort de 5.000 professionnels, mais celui-ci n’intervient jamais par téléphone.Chaque partenaire « Bleu Ciel Partenaire » a un numéro de labellisation. Pour permettre au consommateur de séparer le bon grain de l’ivraie, le fournisseur historique d’électricité a mis en place un « annuaire ».


Textes applicables

Lire l'article complet


Note

Personnellement, j'utilise une application Androïd plutôt efficace sur mon téléphone, nommée « Dois-je répondre », et qui fonctionne sur le principe communautaire alimentant une grosse base de données. Profitez en, c'est gratuit ;-)


Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Evènements sociaux Législation »