Attentat de Boston : un responsable de l'ONU accuse... les États-Unis


Richard Falk, rapporteur de l'ONU pour la Palestine, juge que la politique américaine au Moyen-Orient engendre le terrorisme. L'ONU l'a désavoué (quelle surprise !).
 
Le concert de condamnations qui a suivi l'attentat meurtrier contre le marathon de Boston a été perturbé par une voix dissonante. Et pas des moindres, puisqu'il s'agit de celle d'un responsable onusien. Dans une tribune publiée sur le site du Foreign Policy Journal, intitulée « Un commentaire sur les meurtres du marathon », Richard Falk, rapporteur spécial du Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour les Territoires palestiniens, invite à dépasser le stade de l'émotion pour analyser la cause profonde de la tragédie.
 
Tandis que la majorité des analystes planchent désormais sur le profil des frères Tsarnaev, les principaux suspects de l'attaque, décrits comme des loups solitaires qui se seraient autoradicalisés via Internet, Richard Falk s'intéresse aux raisons extérieures qui auraient amené ces islamistes à frapper aux États-Unis. D'après lui, ces actes ne seraient que la conséquence de la politique étrangère des États-Unis.
 
« Le projet américain de domination mondiale est voué à engendrer toutes sortes de résistances dans le monde postcolonial », assure-t-il. 
Alliance États-Unis et Israël
 
Le responsable onusien estime même que les États-Unis ont de la chance de ne pas avoir subi pire riposte.
 
« Et cela peut encore arriver, affirme-t-il, surtout si rien n'est fait pour repenser les relations entre les États-Unis et les autres pays du monde, à commencer par le Moyen-Orient. » 
Richard Falk souligne qu'après le 11 Septembre les guerres en Afghanistan et en Irak se sont soldées par des échecs et ont « dévasté » les deux pays. S'il admet que l'arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama a marqué un tournant, il note que
 
« des bruits de bottes se font entendre concernant la Corée du Nord et l'Iran ». 
Pour le rapporteur spécial du Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour les Territoires palestiniens, le noeud du problème concerne l'alliance indéfectible entre les États-Unis et Israël. « Aussi longtemps que Tel-Aviv possédera l'oreille complaisante de l'establishment politique américain, ceux qui souhaitent la paix et la justice dans le monde ne trouveront pas facilement le sommeil ». Le responsable onusien évoque ainsi les espoirs « naïfs » suscités par le discours d'Obama au Caire en 2009 qui devait marquer l'avènement d'un rééquilibrage de l'approche américaine sur le conflit israélo-palestinien.
 
« À l'aube de son second mandat présidentiel, il semble qu'Obama ait complètement abandonné [cette idée], succombant au dogme de la primauté du soutien à Israël », regrette-t-il.
Pour Richard Falk, un examen de conscience sur le rôle des États-Unis dans le monde demeure indispensable pour la sécurité future du pays.
 
« Les prouesses militaires américaines et la confiance éternelle de ces leaders dans la diplomatie du pouvoir fort font des États-Unis une menace pour le monde et pour eux-mêmes », insiste-t-il. Et le chercheur de conclure : « Combien d'innocents devront mourir avant que nous nous réveillions de notre fantasme de domination mondiale ? »
Polémique
 
À peine publiée, la tribune a été vivement dénoncée par UN Watch, une ONG basée à Genève dont la mission est de veiller à ce que « l'ONU respecte sa propre charte ». Dans une lettre à Ban Ki-moon, Hillel C. Neuer, le directeur exécutif de l'ONG, par ailleurs liée à l'American Jewish Committee (une des plus anciennes associations de défense des juifs dans le monde), demande au secrétaire général de l'ONU de condamner Richard Falk pour cet « affront porté à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie la semaine dernière ». Le militant estime, par ailleurs, qu'en accusant « Tel-Aviv », le responsable de l'ONU
 
« exploite ce moment de tragédie et de deuil pour promouvoir un agenda politique inquiétant ». 
Mais que représente réellement Richard Falk ? Professeur émérite américain de droit international à l'université de Princeton, il a été nommé au poste de rapporteur de l'ONU pour les Territoires palestiniens en 2008. Sa mission : enquêter sous mandat de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans les Territoires palestiniens occupés.
 
« Le professeur Falk a été nommé par les États membres du Conseil des droits de l'homme à Genève, pas par le secrétaire général des Nations unies »
, rappelle au Point.fr Farhan Haq, porte-parole de Ban Ki-moon.
 
« Richard Falk est connu pour être un radical aux positions anti-impérialistes »
, renchérit le politologue Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l'Université ouverte d'Israël.
 
« Et le fait qu'il lie la tuerie de Boston aux relations israélo-américaines n'est pas très sérieux, d'autant plus que le dernier suspect en vie n'a pas invoqué cette alliance comme motif principal du crime. » 
Sentiment partagé
 
Un avis que ne partage pas Julien Salingue *, doctorant en sciences politiques à l'université Paris-VIII, pour qui Richard Falk est réputé pour son expérience.
 
« Bien qu'il ne soit effectivement pas un diplomate en poste, Richard Falk a publié de nombreux rapports documentés, ainsi qu'un grand nombre d'ouvrages pertinents sur la région »
, souligne ce spécialiste de la Palestine. Connu pour son franc-parler, Richard Falk n'est-il pas uniquement un franc-tireur ?
 
« On l'entend plus que les autres, mais ce qu'il dit correspond à ce que beaucoup d'autres rapporteurs et personnels des Nations unies déclarent », assure Julien Salingue. « Ce discours est même repris dans l'establishment américain, mais avec d'autres mots : à savoir que la poursuite du soutien inconditionnel des États-Unis à l'État d'Israël provoque une perte d'influence et de crédibilité américaine au Moyen-Orient. »
Au siège des Nations unies, à New York, le secrétaire général Ban Ki-moon, par la voix de son porte-parole,
 
« rejette les propos de monsieur Falk [...] et espère que des rapporteurs spéciaux tels que lui comprennent que - s'ils possèdent un statut d'indépendant - leurs déclarations publiques peuvent saper la crédibilité et le travail des Nations unies ».
Par Armin Arefi
 
(*) Julien Salingue, auteur avec Céline Lebrun de Israël, un État d'apartheid ? (Éditions l'Harmattan).



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