Antarctique : Les courants océaniques seuls responsables de la fonte de la calotte glaciaire


Les bruyants et impressionnants vêlages de glaciers aux pôles semblaient contribuer majoritairement à la perte de masse des calottes glaciaires : c'est ce que l'on pensait jusqu'ici. Faux, affirme une équipe américaine. La fonte des plateformes glaciaires serait plutôt provoquée par les courants océaniques.
 
L'Antarctique est une immense calotte où la glace est en perpétuel mouvement. Par endroits, les s'écoulent depuis le continent sur la mer et forment d'immenses plateformes glaciaires flottantes. Il en existe dix principales en Antarctique, dont deux ayant une superficie de l'ordre de celle de la France. Aux extrémités de ces plaques, les icebergs se forment. Jusqu'alors, la principale cause de perte de masse de la calotte glaciaire était attribuée aux impressionnants vêlages de glaciers. La formation des icebergs engendre, en effet, la perte de 1.089 gigatonnes (Gt) de glace par an.
 
Or, un phénomène bien plus discret ferait perdre davantage de glace encore que la formation d'icebergs : la fonte par la base des plateformes glaciaires. Dans certaines zones, les courants océaniques sont plus chauds et font entrer en fusion la glace basale (note du veilleur : un article sur le réchauffement des courants océaniques évoque un lien de cause à effet avec la théorie fumiste d'un pseudo réchauffement climatique, je pense pour ma part que la raison est d'une toute autre nature...). D'après une nouvelle étude, menée par l'équipe du chercheur Eric Rignot, les courants océaniques seraient ainsi responsables de 55 % de l'ablation des glaciers.

ice-shelves-antarctica_01.jpgLes plateformes glaciaires flottantes de l'Antarctique sont représentées en différentes couleurs : les deux plus grandes sont Ross et Filchner-Ronne. Dans toutes ces zones, la couverture de glace qui provient des glaciers fond par le dessous. (photo ci-contre - crédit Scambos et al., 2007, National Snow and Ice Data Center)
 
Les résultats, publiés dans la revue Science, révèlent que la moitié de l'eau de fonte provient de dix petites plateformes glaciaires flottantes qui n'occupent que 8 % de la surface totale de l'Antarctique. Les deux plus grands plateaux, Ross et Filchner-Ronne, qui couvent pourtant les deux tiers des plateaux, ne contribuent que pour 15 % de la fonte totale. Les plateformes ralentissent la propagation de la glace continentale vers la mer, ainsi
 
« si elles s'amincissent et disparaissent, la glace continentale accélérera son mouvement vers la mer », commente Eric Rignot. 
L'Antarctique ne fond pas plus pour autant
 
L'année dernière déjà, des chercheurs avaient émis l'idée que les courants océaniques pilotés par le vent pourraient avoir un rôle plus important dans la fonte des glaces antarctiques que ce que l'on pensait. L'étude de l'équipe d'Éric Rignot est la première à rassembler des informations de terrain récentes et les dernières données d'imagerie satellite. Grâce à elles, les chercheurs ont pu identifier plus clairement les interactions entre la calotte polaire et son environnement.
 
Le fait que la contribution des océans ait été largement sous-estimée dans la fonte des plateformes glaciaires ne signifie pas que la fonte totale de l'Antarctique serait plus importante. S'il est vrai que dans certaines régions les plateaux glaciaires sont plus minces, ils se sont épaissis dans d'autres. En revanche, ces nouveaux résultats mettent en évidence les interactions océan-atmosphère des calottes que les modèles climatiques ne simulent pas correctement.
 
D'après l'étude, le taux de fonte basal engendré par les courants océaniques est de 1.352 Gt par an. Sachant cela, les modèles climatiques pourront être réajustés, mais le plus gros du travail reste encore à faire. La clé du problème consiste à comprendre comment ces taux de fonte basale influenceront au fil du temps la topographie du plancher océanique et la circulation océanique. Actuellement, l'équipe américaine construit une base de données d'observation qui, sur le long terme, aidera à cerner les processus en jeu. L'objectif ultime étant d'améliorer la précision des équations que les modèles numériques résolvent.
 
Par Delphine Bossy



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