Annexe « 1B » : Mangerons-nous bientôt des ogm sans le savoir ?


Les réjouissances consécutives au récent constat de la dégringolade des profits du géant Monsanto auront étés de courte durée. Le site reporterre.net nous alerte sur les nouvelles techniques de modification génétique, ainsi que sur une faille législative qui pourrait permettre aux ogm « nouvelle génération » d'infiltrer bientôt vos caddies et assiettes en toute impunité !

Pour les géants de l'agro-alimentaire, toutes les méthodes d'enfumage sont bonnes pour leur permettre d'arriver à leurs fins, et cette fois ci on atteint des sommets, puisqu'il est question ni plus ni moins d'autoriser à terme la mise en vente d'organismes génétiquement modifiés « non ogm », qui ne seront de fait pas étiquetés comme issus de manipulations génétiques !

En langage clair « On vous pisse dessus sans même essayer de vous faire croire qu'il pleut ». Autre point inquiétant, ces nouvelles techniques d’édition du génome ont été récemment classées parmi les « armes de destruction massives » par les services fédéraux des États-Unis !

Si rien n'est fait pour empêcher une telle hérésie, les pratiques croyantes impliquant de faire une prière avant de débuter le repas prendront tout leur sens...

Le Veilleur

Les OGM cachés tentent de s’imposer en douce

Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) tremble, au bord de l’implosion. Cette instance, chargée « d’éclairer la décision publique », notamment en matière d’OGM, traverse depuis quelques semaines une crise profonde. Après la démission du chercheur Yves Bertheau du comité scientifique, puis celle, lundi 11 avril, de Patrick de Kochko, vice-président du comité économique éthique et social, sept associations ont claqué la porte du HCB, mercredi 13 avril. Tous dénoncent une « mascarade », et refusent de cautionner « des mensonges au plus haut niveau ».

Le gouvernement a décidé d’empêcher le débat sur les nouveaux OGM, et on nous demande d’organiser leur acceptabilité sociale !

s’insurge Patrick de Kochko, également membre du Réseau semences paysannes. Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra, enchérit :

Je ne supporte pas que l’on mente aux citoyens, même par omission, sur des problématiques qui engagent notre avenir. (...) Ce sujet mérite un réel débat sociétal et scientifique, impossible au sein du HCB.

, constatent, dans un communiqué amer, les ONG démissionnaires, dont les Amis de la Terre, la Confédération paysanne, Greenpeace ou France nature environnement. Du côté du Haut Conseil des biotechnologies, on indique à Reporterre :

Le HCB est par nature un lieu de débat contradictoire où chacun peut et doit présenter sa position sur les sujets étudiés. Refuser de participer au dialogue ne fait pas avancer le débat sur les Nouvelles Techniques de Sélection des Plantes (NPBT) et fait encore moins progresser la construction d’un avis, qui a pour objet d’éclairer la décision publique de manière indépendante.

Mais que se passe-t-il au juste ?

À l’épicentre de ces turbulences, les Nouvelles Techniques de modification génétique (NBT). Méganucléase, agro-infiltration, cisgenèse… des termes barbares pour désigner un ensemble foisonnant de techniques de manipulation génétique, regroupées sous le terme d’« édition du génome ». Le principe est généralement le suivant : il s’agit d’opérer une coupure de l’ADN pour provoquer une modification ou une inactivation de certains gènes. Au lieu d’introduire un gène étranger, comme avec la transgenèse, on modifie directement l’ADN de l’organisme. Les laboratoires de biotechnologies travaillent depuis plusieurs années à ces méthodes, qualifiées de « révolutionnaires », qui permettent de créer — au sens littéral — des organismes génétiquement modifiés.

Pour les concepteurs de ces techniques, nul besoin de légiférer

Pourtant, elles n’en ont pas encore le statut. La Commission européenne doit ainsi décider dans les mois qui viennent si ces produits tombent sous le coup de la directive 2001-18, qui impose une évaluation, une traçabilité et un contrôle strict des OGM. Car le texte présente une faille de taille, dans laquelle les semenciers industriels espèrent s’engouffrer : une annexe « 1B », qui permet d’exempter de toute réglementation certains OGM, dont la mutagenèse.

Pour les concepteurs de ces techniques, nul besoin en effet de légiférer : ces biotechnologies sont des « alternatives » aux OGM classiques, obtenus par transgenèse (l’introduction, donc, d’un gène étranger dans le génome d’une espèce végétale). D’après la NBT platform, ces techniques permettent de « produire des variétés végétales d’une manière similaire, mais plus précise et plus rapide, que les méthodes conventionnelles, tout en surmontant les limites actuelles de la sélection végétale ».

Les industriels présentent ces NBT comme propres et maîtrisées, et poussent pour qu’elles ne soient pas classées comme OGM afin de ne pas bloquer leur développement.

, constate la Confédération paysanne. Mais la Commission européenne ne statuera qu’à partir des positions des États membres, et celle de la France en premier lieu. Or le gouvernement français se fonde sur l’avis du Haut Conseil des biotechnologies pour « éclairer et guider sa décision ».

Dans cette optique, le comité scientifique du HCB a donc produit un document fin janvier 2016… sans la position de M. Bertheau, pourtant très réservée à l’égard de ces NBT. Une censure qui a provoqué l’indignation des représentants de la société civile, et a poussé le chercheur à la démission.

La note de synthèse rédigée alors comprend des lacunes, elle est de piètre qualité scientifique et présente de nombreux biais.

, résume-t-il. Il pointe notamment le manque de connaissances quant aux effets « hors cible » (aussi appelés off target) de ces techniques. Parce qu’elles touchent à des systèmes très complexes, les manipulations génétiques peuvent en effet entraîner des effets inattendus, des réactions en chaîne imprévisibles, des mutations inopinées. Tout ceci justifie d’après lui « une évaluation sur des dossiers complets de type OGM ». Pourtant, le document final préconise au contraire une exemption d’évaluation pour la plupart des techniques étudiées.

Ce rythme effréné de changements a des effets sur l’organisation même de la société.

Problème, les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement élaborent en ce moment leur position sur ces OGM — donc celle de la France — à partir de cette publication.

Le gouvernement se fonde donc sur un vrai-faux avis scientifique totalement partial, drapé d’une consultation de la société civile qui n’a jamais été menée à son terme.

, constatent les sept associations.

« L’enjeu est crucial », poursuivent-elles. Car l’Europe semble se diriger, lentement mais sûrement, vers une déréglementation des OGM. Des plantes modifiées et brevetées pourraient ainsi bientôt envahir nos champs, échappant à tout étiquetage. Principalement des végétaux rendus tolérants aux herbicides, avec des conséquences encore méconnues mais sans doute irréversibles sur l’environnement, la santé, ou l’autonomie des paysans.

Cette quantité énorme d’êtres artificiels qui pourraient ainsi être introduits dans un temps très court dans la société et la nature pose problème, explique Frédéric Jaquemart, président du Groupe international d’études transdisciplinaires (Giet). Ce rythme effréné de changements, sans commune mesure avec ceux en cours dans le processus d’évolution, a des effets sur l’organisation même de la société, avec des effets délétères sur la nature, même si les causalités ne sont pas évidentes à établir.

Car ces NBT sont pour certaines très simples, bon marché et donc potentiellement accessibles à tous. La technologie Crispr-CAS9 notamment, permet de programmer en quelques jours seulement une enzyme afin de couper un morceau d’ADN particulier… Une sorte de ciseaux « couper-coller » pour créer n’importe quel OGM, végétal ou animal. Soigner des maladies héréditaires, créer de nouvelles variétés de céréales, mais aussi — pourquoi pas — produire des armes bactériologiques.

Il n’est pas innocent qu’un certain nombre de ces techniques dites d’édition du génome aient été récemment classées parmi les armes de destruction massives par les services fédéraux des États-Unis.

, note Yves Bertheau.

Par Lorène Lavocat pour Reporterre.net



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