Amazonie : Des compagnies pétrolières s'apprêtent à décimer les dernières tribus péruviennes


Un consortium international s'apprête à extraire du gaz naturel dans une réserve d'Amazonie occupée par les derniers peuples isolés du Pérou. Les phases exploratoires auraient déjà décimé la moitié des populations locales, en propageant des virus contre lesquels les Indiens ne sont pas immunisés.

Comme le Machu Picchu, le Parc national de Manu est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et est considéré comme étant plus riche en biodiversité que « tout autre lieu sur Terre ». Plusieurs tribus isolées vivent dans la réserve Nahua-Nanti : les Nahua, les Nanti, les Matsiguenga, et les Mashco-Piro et, comme tous les groupes isolés, ils dépendent étroitement de la forêt pour leur survie...

Le plus gros gisement du pays se trouve sur les terres des Indiens
 
Pour le Pérou, Camisea (wiki) est un véritable trésor enfoui au milieu de la jungle : le sous-sol abrite en effet le plus gros gisement de gaz du pays. Mais pour les populations autochtones, le projet menace de tourner au cauchemar et pourrait bien signer leur disparition définitive. Au cours d'une récente manifestation à Londres, l'ONG Survival International a remis au président Ollanta Humala une pétition signée par plus de 120.000 personnes, demandant l'arrêt de l'expansion de l'exploitation. Le projet Camisea est entre les mains d'un consortium international constitué par le groupe espagnol Repsol, l'Américain Hunt Oil, le Sud-Coréen SK, l'Algérien Sonatrach et par deux compagnies argentines, Techpetrol et Pluspetrol.
 
Les tests sismiques nécessiteront des milliers d'explosifs
 
La requête de Survival fait suite à un avertissement de l'ONU, qui sollicitait en mars dernier la suspension immédiate des plans d'expansion du projet, qui « menacent la survie physique et culturelle des peuples autochtones habitant la région ». L'exploitation du gaz aura lieu en plein coeur de la réserve naturelle Nahua-Nanti, initialement créée afin de protéger les terres et le mode de vie des tribus non contactées. Selon Survival International,
 
« Les entreprises prévoient à présent de mener à bien des tests sismiques dans la jungle, qui nécessiteront l'utilisation de milliers d'explosifs et la perforation d'une vingtaine de puits d'exploration. »
Des peuples vulnérables aux maladies et à la pollution
 
L'ONG dénonce des opérations violant un décret de 2003, visant justement à interdire toute expansion du projet.
 
« Ces Indiens font actuellement partie des populations les plus vulnérables de la planète, car ils ne sont pas immunisés contre les maladies les plus courantes, ce qui veut dire que tout contact avec eux peut leur être fatal »
, s'indigne Rebecca Spooner, responsable de Survival International. Selon elle, les premières phases d'exploration menées à bien au cours des années 1980 sur ce territoire sauvage ont déjà coûté la vie à la moitié de la tribu Nahua.
 
« Au-delà du contact, il faut également prendre en compte les perturbations sur la faune dont dépendent les tribus, ainsi que la pollution de l'eau et de l'air »
, ajoute l'activiste. Malgré ces avertissements, le ministère de l'Énergie et des Mines du Pérou a déjà approuvé une partie du projet en 2012, et serait sur le point d'autoriser la seconde phase d'expansion.
 
Une histoire désastreuse
 
Dans les années 1980, des employés de Shell entrèrent en contact avec des membres de la tribu nahua lors de l'exploration pétrolière et gazière de leur territoire. Etant très peu immunisés contre les maladies du monde extérieur, plus de la moitié des Nahua a succombé aux épidémies.
 
Depuis 2004, au moins cinq fuites de gaz importantes ont contaminé les sols et les cours d'eau. Les riverains en ont été lourdement affectés.
 
L'expansion de Camisea
 
Camisea est dirigé par un consortium de compagnies gazières géré par la compagnie argentine Pluspetrol regroupant les entreprises Hunt Oil (nord-américaine) et Repsol-YPF (espagnole).
 
En avril 2012, le ministère péruvien de l'Energie annonçait l'intention du gouvernement de développer l'exploration gazière dans le bloc 88. Ce qui signifie de nouveaux puits, la multiplication des tests sismiques et plus de nuisances pour les Indiens.
 
Mais il y a plus...
 
Le Pérou a récemment annoncé la mainmise gouvernementale sur un autre bloc dans la région de Camisea qui pénétrera dans la réserve indienne et coupera leur territoire en deux.
 
Le bloc porte ironiquement le nom de Fitzcarrald, le baron du caoutchouc qui a été le premier a ouvrir la région aux compagnies de caoutchouc au XIXe siècle. Le boum du caoutchouc a causé l'asservissement et la mort de dizaines de milliers d'Indiens.
 
La compagnie pétrolière étatique PetroPeru n'a pas dévoilé ce projet et la population locale n'en a jamais été informée.
 
Protection juridique
 
En 2003, sous la pression de la Banque interaméricaine de développement, un décret suprême avait été adopté pour renforcer la protection de la réserve Nahua-Nanti.
 
La Banque avait accordé au Pérou un prêt de plus de 75 millions de dollars pour développer le projet Camisea sous certaines conditions. L'une d'entre elles était la promesse

« qu'aucune nouvelle autorisation d'exploitation des ressources naturelles ne serait accordée »
Ce qui signifie que toute nouvelle opération dans la réserve Nahua-Nanti est illégale, conformément au droit international et péruvien.
 
Vous pouvez agir
 
Ecrivez au président péruvien pour lui faire part de votre opposition au projet gazier Camisea. Votre message s'ajoutera à ceux de milliers d'autres sympathisants à travers le monde pour signifier au gouvernement que son mépris des populations isolées est réprouvé par la communauté internationale.
 
Ecrivez une lettre pour exiger l'arrêt de l'expansion du projet Camisea.
 
Signez la pétition de Survival demandant au Pérou de protéger les Indiens isolés :
 
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