Alerte : La Guyane est au bord de la révolution


C'est à l'initiative d'un lecteur que j'ai reçu ce matin une alerte sur la situation pour le moins très tendue qui a lieu en Guyane. A la lecture de différents témoignages relatant la gravité des événements, on se rend compte que le malaise ne date pas d'aujourd'hui, et que les tensions dont parlent subitement les médias de masse durent en fait depuis déjà plus d'une semaine !

C'est une publication de francetvinfo qui indique qu'« il aura fallu attendre cinq jours après le début des blocages en Guyane pour que les médias nationaux commencent tout juste à évoquer la situation dans le département », ajoutant que « les internautes étaient nombreux à avoir déploré leur silence ». Une fois encore, le silence médiatique n'est rompu que lorsqu'il est impossible de procéder autrement, silence qui s'explique ici par divers constats, dont celui d'un gouvernement qui - une fois de plus - n'a pas honoré ses promesses.

Comme l'explique Maïté Koda dans son texte,

Après plusieurs jours de silence total, les médias nationaux évoquent presque tous la crise sociale en Guyane ce vendredi 24 mars. « Situation sociale extrêmement tendue en Guyane », titre le Figaro.fr. « La Guyane paralysée par un mouvement social de grande ampleur », annoncent à leur tour les sites des Echos et de BFM.

Un réveil jugé tardif par nombre d'internautes qui, sur les réseaux sociaux, se sont indignés toute la semaine que personne ne se penche sur la situation du département, bloqué depuis lundi par les barrages.

Ni l'interruption musclée d'une conférence internationale en présence de Ségolène Royal par le collectif des "500 frères" le 17 mars, ni les premiers reports du tir d'une fusée Ariane depuis Kourou, prévu initialement le 21 mars n'ont suscité d'intérêt médiatique. Et ce, alors que l'AFP, bible des journalistes français, avait pourtant couvert ces événements. Nombre d'internautes s'étaient offusqués face à ce silence médiatique et avaient fait part de leur indignation sur les réseaux sociaux.
(...)
Une prise de conscience tardive qui n'est pas une première lorsqu'il s'agit des Outre-mer. Ces derniers temps, Mayotte a connu une grève générale de trois semaines, quasiment ignorée des médias nationaux. Et plus récemment, le département connaît une pénurie d'eau potable sans précédent, dans une indifférence quasi-totale.

Une fois encore, les récents faits présumés terroristes en Grande-Bretagne et en Belgique ont occultés les malaises sociétaux qui nous sont proches, un peu à l'image des battages médiatiques pour ou contre les migrants, alors que cette année encore, 500 êtres humains sans domicile fixe nous ont quittés... Eh oui, nous sommes en 2017, et sous les termes d'« égalité » et de « démocratie », la réalité nous démontre que nous ne sommes pas tous considérés de la même manière.

Une autre publication, provenant cette fois de notre amie Voltigeur sur Les moutons enrages, nous fait part de la tension actuelle en Guyane, émanant du témoignage d'une lectrice guyanaise :

Aujourd’hui comme je l’ai expliqué dans mon post la Guyane est sur le bord de la révolution et la règle auprès des médias est de minimiser au maximum le relai de cette information sur fond de priorité (selon un contact avec les différentes chaînes). La population vis depuis une semaine une véritable escalade avec une solidarité qui enfle au fur et à mesure face à la situation catastrophique du territoire à tous les niveaux. Nous essayons par tous les moyens de diffuser cette information et pendant que je vous écrit j’entends les hélicoptères de l’armée qui a enclenché le plan écarlate ici. La situation est grave. Je vous envoie quelques liens actualisés afin que vous soyez informé.

La crise Sociale en Guyane est de forte ampleur : Fermeture des services municipaux, écoles, crèche municipale, Jardin d'Enfants, marché central et nombreux autres commerces. Graves pénuries d'eau et d'alimentation énergétique, pénuries d’essence, fonctionnaires en grève. Le Grand Port Maritime, la Collectivité Territoriale de Guyane, la Préfecture sont également bloqués. Des agriculteurs ont eux aussi investi les locaux de la Direction de l'agriculture en raison des lenteurs administratives et des refus d'aide.

A la lecture d'un titre de caraibcreolenews, on peut lire que plusieurs syndicats avancent des revendications catégorielles (chez EDF, Arianespace, au centre médico-chirurgical de la Croix rouge à Kourou), tandis que plusieurs collectifs de citoyens protestent contre l'insécurité et le déficit de soins en Guyane, pays qui compte le plus grand nombre d'homicides (42 en 2016 pour 275.000 habitants), et où le nombre de médecins par habitant est trois fois inférieur à celui de la France métropolitaine.

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Le « Pacte pour l'Avenir de la Guyane » promis par François Hollande, et censé résoudre les difficultés constatées continue pourtant de se faire attendre, à l'instar des nombreuses et variées promesses de ce pantin de l'oligarchie. A ce sujet, les sénateurs et députés de Guyane ont interpellé le président de la République au sujet des conflits sociaux qui se multiplient de toutes parts sur le territoire, dans une lettre commune adressée le 22 mars à François Hollande (France Révolution) :

Depuis de nombreux mois, parlementaires et élus guyanais n’ont eu de cesse d’alerter le gouvernement sur l'imminence d’une crise sociale en Guyane.
(...)
Aujourd'hui la Guyane connaît cette crise annoncée et les conflits sociaux se multiplient de toutes parts : salariés d'EDF, sous-traitants de la base spatiale, transporteurs, agriculteurs, chauffeurs de bus, agents de la Caf et employés du Centre Médico-Chirurgical de Kourou (CMCK) et du Centre Hospitalier Andrée Rosemon (CHAR) font à présent front commun.
(...)
C'est donc un mouvement social majeur qui touche aujourd’hui le territoire, bloquant notamment le Grand Port Maritime, la Collectivité Territoriale de Guyane, la Préfecture, le Centre Spatial Guyanais, les axes routiers, etc.

A la lecture d'un autre article, il semblerait que les premiers mouvements sociaux aient démarrés avec la visite de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal (sic), les 16 et 17 mars. Une situation qui s'est envenimée après l'intervention de Christiane Taubira (re-sic), qui aurait proposé pour résoudre cette crise (tenez-vous bien), de « lever les blocages pour venir s'entretenir avec les cabinets ministériels dans les bureaux parisiens ». Proposition que manifestants et organisations à l'origine du mouvement de protestation ont bien entendu refusée.

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Bien que ne désirant pas relayer de déclaration politique, qui en période électorale, a pour habitude la récupération médiatique en vue de grappiller des voix, je tiens à faire part de quelques morceaux choisis d'un communiqué de soutien du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) à la lutte en cours en Guyane, relevé sur le site de Révolution Permanente :

Depuis deux semaines, divers acteurs de la société civile, des socioprofessionnels et des organisations syndicales se mobilisent. Aujourd’hui, tous les axes routiers des villes du littoral (Cayenne, Kourou, Saint Laurent du Maroni), le Port de commerce, le Centre Spatial Guyanais, la Préfecture, la Collectivité Territoriale de Guyane sont bloqués par des barrages tenus par la population et les divers acteurs du mouvement social. Tous les établissements scolaires du littoral sont fermés, l’ensemble des commerces de la ville de Cayenne ont baissé leur rideau, les vols aériens sont annulés, la fusée qui devait décoller mardi dernier a été ajournée. La centrale de l’Union des Travailleurs Guyanais, première centrale syndicale du Pays vient de se joindre au mouvement.

Cette colère exprimée vient de loin, elle vient du mépris de l’État français pour la Guyane depuis des décennies. D’un côté, l’État est capable d’investir des milliards d’euros pour faire décoller des fusées tous les mois, de l’autre, il n’y a pas d’argent pour construire des collèges et des lycées, laissant chaque année plus de 2000 enfants déscolarisés ; il n’y a pas d’argent pour la santé, les hôpitaux sont en déficit aigu, les coupes budgétaires s’enchaînent, le Centre Médico-Chirurgical de Kourou est même prévu à la vente pour des investisseurs privés ; il n’ y a pas d’argent pour les services publics, pour les agriculteurs, pour les transporteurs, etc. Cet abandon de la Guyane conduit à un taux de chômage de plus de 20%, à un taux de pauvreté estimé à plus de 60%, à un taux de criminalité le plus important des territoires régis par la France ...

Cette situation ne peut continuer, l’État français a failli.

Une fois de plus, on constate que pour obtenir l'attention générale, ainsi que celle des organismes concernés, il est nécessaire d'intervenir sur les points sensibles, puisque la focalisation étatique sur cette « crise soudaine » ne semble avoir eue lieu qu'après l'annonce du blocage du prochain tir d'Ariane, ainsi que l'annulation de plusieurs vols commerciaux.

Il est cependant à craindre plus grave, puisqu'en pareilles circonstances, il y a fort à parier qu'une intervention militaire ait lieu afin de tuer toute contestation et risque de révolution. Je m'interroge également sur la naissance du groupuscule des « 500 frères » et de leur but réel, ou encore de leur appartenance. « Vers un LKP en mode guyanais » titre le site caraibcreolenews, qui parle de ce mouvement comme d'un « collectif contre l'insécurité » à l'origine des troubles survenus lors de la visite de Ségolène Royal (vidéo ci-dessous).


A ce propos, J. Erstaa‏ (Journaliste Guyanais) déclare :

Ce n'est pas parce qu'on soutien la mobilisation des professionnels et citoyens, que l'on valide les actions des 500 Freres ! Il faut bien distinguer ces deux situations. Il y a la Crise Sociale d'un côté et les actions de ce collectif 500 Freres de l'autre. Il s'affiche à la TV, il hurle sur les patrons et les hauts fonctionnaires, etc . Un gag ! Soutien total aux professionnels et aux citoyens. Pas aux 500 Frères.

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Je ne manquerais pas de vous informer sur l'évolution de la situation, et vous invite à en savoir plus sur l'exploitation coloniale (soit disant abolie) qu'y pratique la France, et la situation très particulière de la Guyane.

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