Afrique du sud : des lames de pierre ultrafines découvertes datant de 71.000 ans


On chassait certainement avec des armes de jet (sagaies, flêches...) il y a plus de 70.000 ans à Pinnacle Point...
 
Publiés le 7 novembre dans la revue Nature, les résultats de fouilles high-tech menées par une équipe internationale sur les côtes sud-africaines révèlent une technologie avancée vieille de 71.000 ans, permettant de produire de fines pointes de projectiles en pierre.

La découverte
 
Curtis Marean, professeur à l'Institut sur les origines de l'Homme à l'Université de l'Arizona, dirige les fouilles menées à Pinnacle Point, sur les côtes d'Afrique du Sud. Son équipe y a trouvé des preuves d'une technologie lithique avancée datant de 71.000 ans, axée sur la production très soignée de lames de pierre longues et minces. Émoussées sur l'un des bords afin d'être fixées dans les fentes taillées dans des hampes de bois ou d'os, ces lames légères étaient utilisées comme projectiles, soit sous la forme de flèches tirées avec un arc, soit, plus probablement, sous la forme de sagaies lancées avec un propulseur : un avantage décisif en termes de portée et de puissance. Les artisans ont fait subir à la pierre un « traitement thermique » facilitant sa taille.
 
Des fouilles serrées
 
Le site, appelé Pinnacle Point 5-6 (PP5-6), conserve environ 14 mètres de sédiments archéologiques datant d'environ 90.000 à 50.000 ans. L'âge et la durée de cette technologie lithique ont pu être déterminés grâce à 9 saisons successives (de 2 mois chacune) de recherches high-tech : chaque élément anthropique observé a été recensé au moyen d'un instrument topographique numérique qui capture les coordonnées où les vestiges sont trouvés, pour recréer un modèle 3D du chantier de fouille. Près de 200.000 objets découverts ont été ainsi traités, et, en outre, plus de 75 datations par luminescence optiquement stimulée ont été réalisées par le géo-chronologiste Zénobie Jacobs, de l'Université de Wollongong (Australie).
 
Un site remarquable aux indices si ténus
 
« Quand nous avons commencé à trouver ces petits outils très soignés, nous nous sommes félicités d'avoir conservé et trié même le plus petit produit de nos tamisages. Dans d'autres sites fouillés avec moins de soin, ces microlithes peuvent avoir disparu avec les déchets, ou n'avoir jamais été identifiés en laboratoire. (...) En tant qu'archéologue et chercheur, c'est un privilège de travailler sur un site qui conserve une séquence de couches quasi-parfaite retraçant près de 50 000 ans de préhistoire de l'humanité. Notre équipe a fait un travail remarquable en identifiant quelques-uns des indices subtils mais importants montrant combien ces premiers humains de la côte sud étaient innovants »
, a déclaré Kyle Brown, spécialiste des outils de pierre à l'Université du Cap (Afrique du Sud).
 
Une technologie ancienne et durable
 
Des travaux antérieurs ont montré que cette technologie microlithique - associée, donc, aux armes de jet - apparait brièvement entre -65.000 et -60.000 dans une partie de l'Afrique, pour se perdre et n'émerger à nouveau, apparemment, qu'il y a environ 20.000 ans en Eurasie et ailleurs en Afrique. Mais cette « étincelle » technologique semble finalement plutôt durable, et son caractère éphémère plutôt dû à un manque d'éléments archéologiques, selon Curtis Marean, qui conclut :
 
« onze mille ans de continuité, durant lesquels des gens ont fait des outils toujours de la même façon, c'est, en réalité, un laps de temps presque inimaginable. Ce n'est certainement pas une « étincelle » [technologique]. (...) Chaque fois que nous fouillons un nouveau site de la région côtière en Afrique du Sud avec des techniques de terrain avancées, nous découvrons de nouveaux résultats surprenants qui repoussent dans le temps les preuves de comportements typiquement humain ».

Par F. Belnet



Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Faits divers Archéologie »